URBANISME - Théories et réalisations


URBANISME - Théories et réalisations
URBANISME - Théories et réalisations

Le terme «urbanisme» est une création récente. Il est apparu dans la langue française au cours des années 1910 pour désigner une discipline nouvelle, née des exigences spécifiques de la société industrielle. L’urbanisme se présente alors comme la science de l’organisation spatiale des villes et comporte une double face théorique et appliquée.

Cette discipline s’est progressivement imposée dans le monde entier. On ne peut cependant en saisir la nature, l’originalité et comprendre les problèmes auxquels elle se heurte qu’en la confrontant aux modes traditionnels de production de l’espace urbain et en retraçant sa généalogie.

Précédé, en Europe, par l’art urbain, nourri par la pensée utopique et par les utopies du XIXe siècle, l’urbanisme naît en tant que discipline autonome avec la Teoría general de la urbanización (1867) de l’ingénieur architecte espagnol Ildefonso Cerdá (1816-1876). Il se développe selon deux grands courants issus des utopies du XIXe siècle. L’urbanisme progressiste, dont les valeurs sont le progrès social et technique, l’efficacité et l’hygiène, élabore un modèle d’espace classé, standardisé et éclaté. L’urbanisme culturaliste, dont les valeurs sont, à l’opposé, la richesse des relations humaines et la permanence des traditions culturelles, élabore un modèle spatial circonscrit, clos et différencié.

Dans son développement, l’urbanisme a connu deux phases distinctes. La première est marquée par une prédominance de la théorie sur la pratique et par l’élaboration très poussée des trois ouvrages pionniers – bien différents – de Cerdá, Sitte (Der Städtebau , 1889) et Howard, le père de la «cité-jardin» (Garden-Cities of Tomorrow , 1898). La seconde, qui s’étend approximativement jusqu’aux années 1960, vit le triomphe du courant progressiste et de l’influence des C.I.A.M. (congrès internationaux d’architecture moderne) auxquels on doit La Charte d’Athènes (1933). Dans un premier temps, correspondant à l’entre-deux-guerres, l’urbanisme demeure cantonné dans la théorie et dans une expérimentation limitée. En revanche, le processus d’urbanisation intense qui a suivi la Seconde Guerre mondiale a permis à l’urbanisme d’affirmer son statut de discipline appliquée, à l’échelle planétaire, dans les pays développés comme dans le Tiers Monde.

Aujourd’hui, cependant, l’urbanisme est en crise. D’une part, depuis la fin des années 1960, il a fait l’objet d’une double mise en question, portant d’abord sur ses réalisations, puis, surtout, sur ses fondements théoriques. D’autre part, la société post-industrielle et ses technologies de pointe ont transformé les modes de vie, imposé des formes de planification complexes dont l’échelle n’est plus celle de la ville et consacré une urbanisation généralisée dont les formes ne sont plus pour autant urbaines.

1. Terminologie

Au seuil de sa Teoría , Cerdá précise: «Je vais initier le lecteur à l’étude d’une matière complètement neuve, intacte et vierge. Comme tout y était nouveau il m’a fallu chercher et inventer des mots nouveaux, pour exprimer des idées nouvelles dont l’explication ne se trouvait dans aucun lexique.» Formé sur la racine latine urbs , le terme urbanización lui sert à désigner à la fois le processus d’aménagement de l’espace, quel qu’il soit, planifié ou non, et les lois dont Cerdá estime qu’elles le sous-tendent: «Le fait, dont on attribue généralement l’origine et le développement au hasard, obéit cependant à des principes immuables, à des règles fixes.» La tâche de l’urbaniste (urbanizador ) consiste à découvrir ces lois dont le fonctionnement spontané était jusqu’alors demeuré caché, à les intégrer dans une théorie générale et à les appliquer délibérément à la conception et à l’organisation de l’espace bâti, échappant ainsi à l’inertie des contingences historiques qui ont toujours entravé et retardé le libre déploiement de l’urbanización et de ses lois.

Dans l’ensemble des langues européennes, ce terme ne désigne plus que le processus. À la discipline spécifique et autonome, les pays latins ont réservé un dérivé plus simple (urbanisme, urbanismo , urbanistica ) dont l’équivalent est city-planning dans les pays anglo-saxons et Städtebau dans les pays germaniques.

En France, «urbanisme» a été introduit par le groupe d’architectes et d’ingénieurs qui gravitaient autour d’Eugène Hénard et du Musée social. À peine créé, ce vocable est passé dans le langage commun où il a fini par désigner des notions et des objets très divers, allant des travaux du génie urbain jusqu’aux règlements municipaux ou à des formes d’urbanisation (lorsqu’on parle d’«urbanisme grec» ou «romain», par exemple).

Ces abus de langage ont contribué à masquer l’originalité de l’urbanisme, à occulter la révolution que cette discipline introduisait dans la conception et l’organisation de l’espace urbain. Pour pouvoir en prendre la mesure, on adoptera une perspective historique et on commencera par évoquer schématiquement les processus de création et d’aménagement spatiaux, traditionnels dans les sociétés urbaines.

2. Généalogie

Il est, tout d’abord, remarquable qu’avant la Renaissance italienne on ne trouve aucune société où la production de l’espace bâti relève d’une discipline spécifique et autonome. Certes, il existe souvent des manuels techniques qui livrent des savoir-faire (par exemple, dans la société romaine, les manuels d’arpentage ou les ouvrages consacrés à la distribution de l’eau), mais ils ne concernent pas la conception ni l’organisation morphologique globale de la ville. Tantôt celle-ci résulte directement du fonctionnement d’un ensemble de pratiques sociales (religieuse, juridique, économique, etc.) dont la permanence historique a pour effet de constituer des types, reproduits au fil du temps (villes de l’Islam et de l’Occident médiéval, par exemple). Tantôt elle est prescrite par des textes d’origine sacrée, qui en font l’expression d’une cosmologie (Chine ancienne). Tantôt encore, des types urbains sont délibérément reproduits au cours d’un processus d’essaimage ou de colonisation (Grèce, Rome). Enfin, dans toutes les civilisations, il arrive que des plans originaux soient conçus à des fins précises, par la volonté du prince (Bagdad).

Les traités d’architecture et l’art urbain

Dans le cadre de la révolution culturelle du Quattrocento, L. B. Alberti fait, pour la première fois, de l’édification une discipline libérale, théorique et autonome. Loin d’être limitée à la construction de bâtiments, elle a pour fin de concevoir, de structurer et d’édifier l’ensemble du cadre de vie des humains, depuis le paysage rural, les routes et les ports jusqu’à la ville, ses édifices publics et privés, ses places, ses jardins. Le De re aedificatoria (traité offert au pape Nicolas V en 1452 et publié en 1485) élabore rationnellement, à partir d’un petit nombre de principes et d’axiomes, un ensemble de règles devant permettre l’édification de tout projet d’espace imaginable et réalisable. Selon le plus célèbre des axiomes albertiens, l’édification doit satisfaire trois registres hiérarchisés et indissociables. La nécessité (necessitas ) régit la construction et concerne ce que nous appelons aujourd’hui les lois de la physique appliquée. La commodité (commoditas ) commande d’intégrer la demande des clients dans ce que nous appelons un programme et fait de l’édification une activité duelle, passant nécessairement par un dialogue. Enfin, le plaisir esthétique (voluptas ), finalité suprême de l’édification, est satisfait par l’application des règles de la beauté.

Bien qu’Alberti appartienne aux temps pré-industriels et même pré-galiléens, l’ambition et l’ampleur de sa démarche anticipent celles de l’urbanisme. L’originalité de De re aedificatoria réside néanmoins dans sa méthode générative. Ce texte instaurateur sera le paradigme d’une longue lignée de traités d’architecture, exclusivement italiens jusqu’au milieu du XVIe siècle, puis européens, qui se succéderont jusqu’au XIXe siècle.

Toutefois, il était trop tôt pour qu’une discipline unique puisse l’emporter sur la tradition et sur les multiples pouvoirs engagés dans la production de l’espace bâti. En outre, à quelques exceptions près (Scamozzi, Patte), les auteurs de traités, successeurs d’Alberti, privilégient le registre de la beauté au détriment des deux autres. Leurs ouvrages traitent essentiellement l’architecture et la ville du point de vue de l’art. Cette réduction justifie la dénomination d’«art urbain» proposée par Pierre Lavedan pour subsumer l’ensemble des compositions urbaines réalisées depuis la fin du XVe siècle jusqu’au milieu du XIXe siècle, selon les principes de l’esthétique classique, baroque et néo-classique.

L’impact des premiers théoriciens de l’édification sur le milieu urbain fut d’abord limité. Certes, le pape Nicolas V commence à préparer le remodèlement de Rome avec Alberti. Mais la mort interrompt leur projet. Il faudra attendre les travaux de Bramante pour Ludovic le More (Vigevano) et pour Jules II (Belvédère, Vatican) et surtout les transformations de Rome, accomplies sous l’impulsion de Sixte Quint, pour trouver des réalisations d’envergure.

Celles-ci ne sont pas alors le seul produit de la théorie, mais trahissent l’influence du théâtre et de la peinture qui consacrent le caractère visuel et spectaculaire du nouvel espace urbain. La perspective y joue un rôle aussi important que les règles de la symétrie et de l’harmonie.

L’Italie fournit ainsi les premiers modèles de places régulières, de rues droites, de compositions urbaines à une Europe où l’art urbain ne se développera guère avant le début du XVIIe siècle: les premières réalisations françaises datent du règne de Henri IV (place des Vosges, places Dauphine à Paris, Charleville, Henrichemont). Cependant, à partir du règne de Louis XIV (symboliquement à partir de l’échec du Bernin au Louvre), c’est la France qui crée les nouveaux types urbains aux perspectives plus ouvertes et aux programmes plus complexes, tandis que la Hollande, qui exercera surtout son influence en Scandinavie, demeure avant tout attachée au plan de la commoditas .

Parmi les créations de l’art urbain, on peut distinguer: les remodelages opérés dans le tissu de villes anciennes (la Rome de Sixte Quint, puis d’Alexandre VII, le Paris de Louis XIV et de Louis XV); les extensions de villes anciennes, auxquelles elles se juxtaposent (Bath, Nancy, Berlin); ou encore les créations ex nihilo , souvent liées à des résidences princières (Richelieu, Versailles, Aranjuez, Mannheim, Karlsruhe, SaintPétersbourg). À l’espace de contact du Moyen Âge, l’art urbain juxtapose un espace de spectacle. Et, comme n’importe quelle autre œuvre d’art, les ensembles urbains sont désormais signés: la place du Quirinal par Michel-Ange et celle du collège des Quatre-Nations par Le Vau, Richelieu par Le Mercier, Bath par John Wood, la place Stanislas de Nancy par Héré. Aux États-Unis, le plan de Washington est une composition du Français l’Enfant.

L’utopie et le pré-urbanisme

Dès la fin du XVIIIe siècle, les problèmes sociaux, économiques, politiques, qui surgissent dans une société en pleine transformation, favorisent la naissance d’une réflexion critique et suscitent une vague de projets réformateurs: institutions panoptiques et utopies dont le fonctionnement et l’efficacité reposent sur leur organisation spatiale. La démarche est directement issue de l’Utopia (1516) de Thomas More. Quoique dépourvu de finalité pratique, cet ouvrage peut être considéré comme un texte instaurateur d’espace et un paradigme au même titre que le De re aedificatoria . En effet, More a inventé un genre textuel qui a traversé les siècles et qu’on peut légitimement appeler «utopie». Celle-ci consiste, schématiquement, à partir d’une critique réaliste et précise de la société existante et de ses institutions, à élaborer une contre-société modèle qui lui est opposée

point par point et dont la réalisation est conditionnée par celle d’un espace modèle. Ce rôle thérapeutique dévolu à l’espace construit est une idée sans précédent qui différencie More de tous les concepteurs antérieurs de villes et de sociétés idéales. L’efficacité ainsi attribuée au dispositif spatial modèle s’inscrit dans le contexte épistémique de la Renaissance. Et si Amaurote, la capitale de l’Utopie, n’a d’autre statut que livresque, la modélisation critique de l’espace deviendra l’instrument privilégié des réformateurs sociaux dont les modèles spatiaux seront élaborés en vue de leur application concrète.

Dès la seconde moitié du XVIIIe siècle, dans le cadre de la «médicalisation» de la société européenne, la modélisation commence par prendre des formes fragmentaires avec, par exemple, les «machines à guérir» ou hôpitaux modèles de Tenon, ou encore le panoptisme de Jeremy Bentham. Dans son Panopticon (1787), celui-ci propose un dispositif permettant de régler et de contrôler, en les corrigeant et en les normalisant, les comportements de groupes sociaux nécessitant une surveillance. Ce dispositif connut un succès immédiat et fut essentiellement appliqué à la construction de prisons et d’établissements pénitentiaires, alors que Bentham proposait aussi des versions panoptiques de crèches, d’écoles et de manufactures.

Une modélisation critique, globale et non plus fragmentaire, apparaît au début du XIXe siècle avec les réformateurs utopistes. Progressistes ou culturalistes, ceux-ci fondent pareillement leurs projets de contre-sociétés sur une double critique, socio-économique et morphologique de la ville dans la société industrielle. Et, afin de pouvoir «métamorphoser subitement le monde social» (Fourier), ils imaginent pareillement des cités modèles destinées à être réalisées. En fait, l’échelle des réalisations (New Harmony d’Owen, colonies icariennes de Cabet) ne fut pas significative. Néanmoins, les textes et projets utopiques méritent le nom de pré-urbanisme dans la mesure où leur démarche commune préfigure celle de l’urbanisme, et où les prémices idéologiques et les établissements modèles respectifs des utopies progressistes et culturalistes sous-tendent ceux des deux courants de l’urbanisme.

Le pré-urbanisme progressiste

Le modèle progressiste est élaboré par des hygiénistes comme B. W. Richardson (Hygeia , 1876), mais surtout par ceux que Marx a nommés les «socialistes utopistes», Owen, Fourier, Cabet et leurs disciples. Ces esprits partagent une même foi dans le progrès scientifique et technique, une même conception de l’individu humain comme type universel, identique en tous temps et en tous lieux.

L’espace du modèle progressiste est conçu pour satisfaire égalitairement les besoins types de cet homme universel, et il est déduit a contrario de l’espace de la ville critiquée. Il est: ordonné (les fonctions sociales y sont classées et dissociées); standardisé (un prototype ou un édifice type, tels la rue-galerie ou le palais d’habitation chez Fourier, répondent à chaque fonction; Cabet ira jusqu’à proposer un mobilier type); éclaté (sous l’effet du classement et des exigences de l’hygiène, les quadrilatères d’Owen ne comportent pas plus de rues que les phalanstères de Fourier: ce sont des micro-unités sociales, multipliées et dispersées dans la campagne); en opposition avec la tradition urbaine , au profit d’une association de type nouveau avec la nature.

Ce dispositif spatial, mis au service d’idéologies politiques diverses (socialisme paternaliste chez Owen, communautaire chez Fourier, socialisme d’État chez Cabet), conditionne les habitants en vue d’un rendement maximal de leurs activités.

Le pré-urbanisme culturaliste

Le modèle culturaliste a été élaboré, plus tardivement dans le XIXe siècle, par des socialistes esthètes, J. Ruskin et W. Morris. Il appartient spécifiquement à l’Angleterre, où les conséquences négatives de la révolution industrielle sur la vie matérielle et culturelle avaient été précocement analysées, dénoncées et opposées aux valeurs pré-industrielles par une tradition de pensée dont Carlyle (Signs of the Time , 1829) est un des représentants.

La clé de voûte de ce modèle est le concept de culture. Pour pouvoir réaliser la belle totalité culturelle, conçue comme un organisme où chacun, à nouveau, joue son rôle propre, l’espace culturaliste doit présenter un certain nombre de déterminations:

– la cité modèle est circonscrite à l’intérieur de limites précises; elle forme un contraste avec la nature environnante;

– ses dimensions sont modestes, inspirées par celles des cités médiévales;

– elle ne présente aucune trace de géométrisation: irrégularité et asymétrie sont la marque de son ordre organique;

– elle fait régner la différence et exclut toute standardisation;

– l’art y présente la même importance que l’hygiène dans le modèle progressiste.

La cité du modèle culturaliste s’oppose à l’établissement du modèle progressiste par son climat démocratique et urbain favorable au développement de l’individu. Ce modèle n’en impose pas moins les contraintes de l’utopie. L’intégration du passé dans ce présent n’a lieu qu’à condition d’éliminer l’imprévisible. Le modèle social fonctionne grâce à la réduction de l’espace et à son homéostasie, qui empêchent la croissance et les innovations techniques.

3. L’urbanisme comme discipline théorique et appliquée

Vers le milieu du XIXe siècle, une partie des grandes villes européennes apparaissent anachroniques, impropres à remplir les fonctions que leur imposent l’industrialisation et des concentrations démographiques sans précédent (entre 1830 et 1880, la population de Londres passe de 1 à 4 millions). Pour survivre et s’adapter, elles réclament des transformations globales de grande envergure.

Haussmann et l’urbanisme de régularisation

La transformation la plus spectaculaire, sans équivalent ailleurs, fut accomplie à Paris entre 1853 et 1869 par le baron G. Haussmann. L’œuvre du préfet de Napoléon III déborde très largement le cadre policier ou édilitaire à quoi on l’a généralement réduite. Il s’agissait de faire subir à la capitale, étouffée et paralysée, la mutation qui l’adapterait à l’ère nouvelle, en particulier sur le plan de l’hygiène et de la circulation. Comme en témoignent ses Mémoires (1890-1893), Haussmann n’appuie sa démarche ni sur une critique sociale ni sur une théorie de l’aménagement. Mais, pour la première fois, il traite l’ensemble de l’espace parisien comme une totalité, de façon méthodique et systématique. Il fait exécuter le premier plan global de Paris, avec courbes de niveaux, ce qui lui permet une analyse approfondie de la topographie et de la morphologie parisiennes. En s’appuyant sur des services hautement spécialisés, créés par lui à cet effet, et sur un système original d’autofinancement, il conçoit alors le fonctionnement de la ville en termes de systèmes homologues, hiérarchisés et solidaires, dont il entreprend la réalisation: système viaire, qui solidarise les deux rives de la Seine, brise l’isolement des quartiers, met en relation tous les points névralgiques de la ville; système d’aération avec sa hiérarchie d’espaces «verdoyants» (parcs suburbains, parcs intra-muros, jardins, squares, places plantées, arbres d’alignement); système d’alimentation en eau (les Parisiens buvaient encore l’eau de la Seine en 1853) et système d’évacuation (le plus vaste réseau d’égouts depuis celui de Rome, techniquement exemplaire).

Si Haussmann a contribué à l’esthétique de Paris avec ses espaces verts et surtout avec son mobilier urbain, la volonté d’art demeure néanmoins chez lui seconde par rapport à la visée instrumentale. À l’espace de spectacle, il a fait succéder l’espace moderne de circulation et son réseau complémentaire d’infrastructures.

L’œuvre novatrice de Haussmann a inspiré la transformation du réseau urbain français et exercé une influence considérable non seulement en Europe (Vienne, Berlin, Rome, Anvers...), mais aux États-Unis où elle est à l’origine du remodèlement de Chicago (1909) par Daniel Burnham.

Selon Le Corbusier, Haussmann est le premier urbaniste moderne. Toutefois, si son œuvre a profondément marqué Cerdá, il ne faut pas perdre de vue le pragmatisme de sa démarche et le fait qu’elle est appliquée à un tissu existant. Certes, il traite effectivement la ville comme une totalité et orchestre le jeu d’une multiplicité de services et de spécialistes, mais cet administrateur ne se considère ni comme un inventeur d’espace, ni comme un praticien, et il ne rapporte pas son intervention à une discipline. On peut qualifier sa démarche d’urbanisme régularisateur pour l’opposer à l’urbanisme, sans qualificatif, théorisé par Cerdá.

L’urbanisme régularisateur s’est particulièrement développé dans les pays germaniques pendant le dernier tiers du XIXe siècle, du fait de la coopération des administrations et d’un corps d’architectes et d’ingénieurs fonctionnaires, tels R. Baumeister et J. Stubben, auxquels on doit aussi d’importants manuels d’aménagement, uniques en leur genre. En Angleterre, l’urbanisme de régularisation peut être illustré par le Great Victorian Way (1855), grandiose projet de chemin de fer surélevé et de galerie vitrée au sol, non réalisé, conçu par J. Paxton pour résoudre le problème de la circulation à Londres.

En France, au début du XXe siècle, la visée régulatrice de Haussmann se retrouve dans la théorie de la circulation et dans les perspectives innovatrices pour l’aménagement de la voierie, que propose Eugène Hénard. Fondateur de l’urbanisme souterrain (Rapport sur l’avenir des grandes villes , 1910), il poursuit en technicien l’œuvre de Haussmann à Paris. Ses articles inspireront directement Le Corbusier.

L’urbanisme: première génération

Cerdá

Dans le cadre du décollage industriel de la Catalogne, la ville médiévale de Barcelone, tout juste libérée de ses remparts (1884), était un anachronisme. Après avoir reçu l’ordre d’en relever la topographie dans son ensemble (1858), Cerdá fut celui qui accomplit finalement cette métamorphose. On ne peut cependant mettre en parallèle l’œuvre de Haussmann et celle de son émule espagnol. Tout d’abord, ce dernier intervient au titre de praticien et non d’administrateur. Ensuite, le plan qu’il propose, puis impose et réalise, n’est qu’en partie régularisateur: c’est avant tout un plan d’extension qui se résume en un système original de voirie (rues de 20 mètres, avenues de 60 à 80 mètres) et d’îlots carrés à pans coupés, favorables à l’ensoleillement et transformant les carrefours en places octogonales.

Enfin et surtout, Cerdá est un théoricien. Sa Teoría (1867) constitue l’acte de naissance de l’urbanisme comme discipline autonome à prétention scientifique. En tant que telle, elle cautionne, a posteriori, le plan d’extension de Barcelone qui en est une application particulière. Théorie des villes et de la ville, l’ouvrage de Cerdá est à la fois descriptif et normatif. La création d’une terminologie spécifique traduit la visée scientifique de l’entreprise. Marquée par le positivisme, l’historicisme et le darwinisme de l’époque, l’analyse descriptive de Cerdá embrasse l’ensemble des cultures dans une double perspective historique et morphologique. Elle aboutit à privilégier deux éléments clés, la voirie (système continu) et les lieux de séjour (système discontinu), en particulier l’habitation: réduction qui sera l’une des bases de l’urbanisme progressiste. L’originalité et la qualité de ses analyses placent Cerdá parmi les fondateurs de la géographie et de la morphologie urbaines.

Mais, en ce qui concerne les villes de la société industrielle, la description faite par Cerdá perd sa sérénité. L’auteur dresse un réquisitoire impitoyable contre les «tortures» physiques et morales que la «maladie sociale» de l’organisme urbain fait subir à une humanité désireuse de se perfectionner. Pas question pour Cerdá de rectifier et d’adapter le tissu existant. Il faut le changement radical d’une nouvelle ville. Le caractère normatif de la démarche coïncide alors avec la modélisation critique des utopistes: «l’urbanisation parfaite» que Cerdá prétend dictée par la science est en réalité le support d’un projet de société égalitaire, saine et vouée à «la communication universelle». Il faut d’ailleurs reconnaître qu’il en ébauche les principes, sans avoir eu le loisir d’en donner d’autre modèle que celui du plan de Barcelone.

L’ouvrage de Cerdá comporte d’importantes parties scientifiques, en dépit de ses dérives idéologiques, et il demeure unique par l’ampleur de ses vues et des connaissances qu’il embrasse. La Teoría n’exerça cependant qu’une influence limitée: en Espagne, elle subit le sort de Cerdá, tombé en défaveur et voué à l’oubli pratiquement jusqu’à son centenaire; ailleurs, le poids de ses trois gros volumes dissuada les traducteurs.

Néanmoins, les conditions étaient réunies pour que se généralisât la démarche inaugurée par Cerdá. Entre les années 1880 et la Première Guerre mondiale, elle sous-tend deux groupes d’œuvres, encore fortement marquées par le projet social de l’utopie.

Urbanisme progressiste

Le premier véritable modèle d’urbanisme progressiste est proposé en 1882 sous le nom de Ciudad lineal (Cité linéaire) dans un article du journal El Progreso de Madrid, par un autre Espagnol, Arturo Soria y Mata. D’autres articles suivent puis, à partir de 1896, la revue Ciudad lineal .

Philosophe, militant social, spécialiste des transports, Soria critique à la fois la société inégalitaire et la ville (malsaine, désordonnée, impropre à la circulation) de son époque. Le modèle par lequel il propose de pallier ces défauts, après expropriation et répartition équitable du sol, répond, avant tout, aux exigences de la circulation («La forme d’une ville est ou doit être une forme dérivée des nécessités de la locomotion») et à celles de l’hygiène (rôle de «poumon» joué par la verdure); il permet de «ruraliser la ville et d’urbaniser la campagne».

La Cité linéaire de Soria se présente comme «une rue indéfiniment extensible» de 500 mètres de large, dont l’axe longitudinal regroupe les voies de transports (chemins de fer, tramway, route), les réseaux de circulation d’eau, de gaz, d’électricité, de téléphone, les services municipaux de base, des parcs et des pièces d’eau. De part et d’autre de cette épine dorsale, des îlots orthogonaux associent un habitat individuel (maisons standardisées occupant seulement un cinquième de leur jardin, identiques pour toutes les classes) aux édifices publics, commerciaux, industriels et aux espaces de loisirs. Cette disposition se prête à la croissance, tout en contaminant le moins possible l’environnement naturel: «voilà la cité de l’avenir, dont les extrémités pourraient être Cadix et Saint-Pétersbourg». Pour la première fois, Soria pose le problème de l’établissement humain à l’échelle régionale et même mondiale.

Mais il ne peut appliquer son idée qu’à l’échelle d’un faubourg de Madrid (1894), et, sur les 80 kilomètres prévus, seuls 5,2 km furent réalisés.

Le modèle de Soria n’en connut pas moins une diffusion considérable grâce, en particulier, à H. Gonzales dal Castillo (projet linéaire pour Bruxelles, 1919) et surtout à G. Benoît-Lévy qui fonda, dans les années 1920, une Association internationale pour la planification linéaire. Toutefois, l’idée d’un établissement linéaire semble avoir surgi ailleurs, de façon indépendante (cf. la Road Town de l’Américain E. Chambless, 1910). Il est néanmoins incontestable que les désurbanistes soviétiques se sont inspirés de la Ciudad lineal et que Le Corbusier s’est approprié le concept de cité linéaire dans ses projets pour Rio (1929) et Alger (1930), et surtout dans sa théorie des Trois Établissements humains (1945).

Un deuxième modèle progressiste apparaît en 1904 lorsque l’architecte Tony Garnier expose l’ensemble des planches qui, en 1917, illustreront Une cité industrielle . Le projet social est, une fois encore, fortement présent dans cet ouvrage directement inspiré par une utopie, le Travail de Zola.

L’espace de ce modèle est ordonné et classé selon une logique différente qui attribue aux quartiers des fonctions spécifiques. Quartiers d’habitation, industriel, administratif, hospitalier sont conçus de façon discontinue, et éclatés dans un continuum de verdure. Pour la première fois, les dessins, très élaborés, de Une cité industrielle unissent l’innovation architecturale à l’innovation urbanistique, et proposent des prototypes qui, par eux-mêmes, techniquement et esthétiquement, expriment la modernité et contribueront à l’immense influence de Garnier sur les urbanistes de l’après-guerre. Nommé par Édouard Herriot urbaniste en chef de Lyon, en 1905, Garnier y réalisa notamment un vaste ensemble de logements sociaux, le Quartier des États-Unis, dont les «gratte-ciel», dégagés et disposés le long de voies plantées, lui permettent de supprimer complètement les traditionnelles cours intérieures.

Urbanisme culturaliste

Les deux principaux modèles et théories culturalistes de la première génération ont en commun le souci de promouvoir des valeurs communautaires et culturelles, un harmonieux développement de la vie individuelle au sein du groupe social. L’un et l’autre sont nettement moins nostalgiques que leurs prédécesseurs du pré-urbanisme culturaliste, mais ils n’ont, pas plus qu’eux, exercé d’influence dans les pays latins. Par ailleurs, ils présentent entre eux d’importantes différences qui tiennent aux personnalités mêmes de leurs auteurs, Camillo Sitte et Ebenezer Howard.

Der Städtebau nach seinen künstlerischen Grundsätzen (1889), de l’architecte et historien d’art viennois Camille Sitte, est un ouvrage d’une limpide simplicité, qui a cependant, après la guerre de 1914-1918, engendré la polémique et fait l’objet de nombreux contresens.

En fait, Sitte n’a pas de projet de société. Davantage, il accepte son époque et apprécie les progrès apportés par les ingénieurs à l’urbanisme régularisateur. Comme l’indique le titre de son livre (littéralement «l’urbanisme selon ses principes artistiques»), il ne traite que de la seule dimension esthétique de la ville, et c’est exclusivement sur ce registre, négligé par son époque, que porte sa critique modélisante. À la pauvreté formelle des espaces urbains du XIXe siècle, symétriques, standardisés, réguliers parce que tracés sur la planche à dessin – et illustrés en particulier par la modernisation de Vienne –, il oppose la richesse des espaces urbains pré-industriels.

À l’aide de plans dessinés in situ , il analyse la morphologie d’ensembles urbains antiques, médiévaux, classiques et baroques, et découvre leurs structures spécifiques, qui prennent valeur de modèles formels. Sitte reconnaît lui-même que ceux-ci sont, à l’ère industrielle, privés de leur richesse sémantique originelle. Toutefois, en dépit de leur anachronisme et de leur diversité, ils présentent certains traits communs pouvant rendre compte de leur qualité esthétique: articulation et différenciation du bâti, clôture des espaces vides, irrégularité et asymétrie des ensembles... Les modèles anciens et les principes qui les organisent ne sont proposés par Sitte que pour des secteurs urbains limités, à titre symbolique, pour rappeler l’importance culturelle de la beauté: il ne s’agit pas pour lui de nostalgie, mais d’un avertissement et d’une incitation.

Sans effet sur l’aménagement du Ring de Vienne qui avait pourtant motivé sa publication, Der Städtebau connut un succès immense et immédiat (cinq éditions entre 1889 et 1922) en Allemagne et en Autriche, où il inspira les plans d’extension de nombreuses villes et la conception de cités ouvrières.

Son influence s’exerça également dans les pays anglo-saxons, dès le début du XXe siècle, mais guère en France où, sans Marcel Poète, Sitte serait demeuré ignoré. Après la Première Guerre mondiale, il fut accusé de passéisme et mis au ban de la modernité par les C.I.A.M., en particulier par Giedion et Le Corbusier; ce dernier en fit le chantre du «chemin des ânes».

À l’opposé de Sitte, l’Anglais Ebenezer Howard (1850-1928) est un socialiste militant. Son modèle spatial, très élaboré, la garden-city (Garden Cities of Tomorrow , 1898), renvoie à un projet complet de société dont il n’élude aucune des dimensions politique, sociale, économique, et auquel il intègre même certaines valeurs progressistes (rôle de la technique).

Présentée sous forme d’un schéma commenté, la garden-city résulte d’une double critique de la ville et de la campagne anglaises contemporaines, en vue d’en supprimer les différences et de promouvoir une révolution sociale pacifique. Elle est limitée en extension (rayon de 1 demi mile) et en population (maximum 32 000 habitants) afin de permettre le fonctionnement d’une vraie communauté. Au-delà de ce chiffre, comme chez More, une nouvelle cité devra être créée. La cité-jardin est circonscrite par une ceinture verte où se groupent les producteurs ruraux chargés de la nourrir. Elle possède un centre réunissant fonctions tertiaires et édifices publics. Son tissu urbain est continu et exclut toute standardisation.

En revanche, Howard accorde à la verdure un rôle important (hygiène), il classe les activités industrielles et rurales à la périphérie, en séparant aussi le secteur résidentiel du centre-ville et, dans un esprit prospectif, il prévoit un système régional de transport électrique liant des ensembles de cités «satellites», organisés autour de leur cité «mère».

Esprit réaliste, Howard avait prévu une procédure foncière dont l’application lui permit de faire commencer dès 1903 la première cité-jardin, Letchworth. (Il avait fondé en 1899 l’Association des cités-jardins.) Les architectes Barry Parker et Raymond Unwin réalisèrent Letchworth en appliquant au schéma de Howard l’esthétique de Sitte.

Depuis cette époque, l’urbanisme culturaliste et les idées de Howard se sont essentiellement implantés en Grande-Bretagne. Ils ont parfois tempéré les tendances progressistes des urbanistes scandinaves ou néerlandais. En France, le nom de cité-jardin a été improprement appliqué à des cités-dortoirs de logements sociaux. Aux États-Unis, la garden-city a inspiré à Clarence Stein et Henry Wright, la ville (sans ceinture rurale) de Radburn en 1928 et, pendant le New Deal , les greenbelt cities .

L’urbanisme: la deuxième génération et le triomphe du progressisme

Entre le premier après-guerre et la fin des années 1960, l’urbanisme progressiste occupe une position hégémonique, conquise par des petits groupes d’architectes d’avant-garde, appartenant au mouvement moderne, et qui ont occupé le devant de la scène historiographique. Cette période est caractérisée par l’effacement progressif du projet social, propre aux modèles de la première génération et qui demeura cependant vigoureux au lendemain de la guerre, en Allemagne et en U.R.S.S. Deux phases se succèdent. La première (jusqu’à la Seconde Guerre mondiale) est avant tout consacrée à l’élaboration doctrinale: les projets l’emportent largement sur les réalisations. La seconde est, au contraire, marquée par la construction d’ensembles urbains d’une ampleur sans précédent.

La phase doctrinale (1919-1950)

Avec un net retard par rapport aux autres arts, le début du XXe siècle avait vu naître un mouvement d’avant-garde en architecture. L’Autrichien Adolf Loos (premier manifeste publié en 1897) en fut l’un des initiateurs. Il s’agissait de rompre avec la tradition et l’historicisme afin d’intégrer l’apport des nouvelles techniques constructives et d’adhérer aux nouvelles valeurs sociales et sociétales.

En 1908, déjà, Loos prophétisait: «Bientôt, les rues des villes resplendiront comme de grands murs blancs. La cité du XXe siècle sera ébouissante et nue.» Les destructions de la guerre, les nouveaux progrès technologiques, les révolutions politiques aussi, qui posent les problèmes de la société de masse, conduisent les architectes du mouvement moderne à vouloir élargir leur champ d’intervention et à concevoir, comme relevant de leur pratique, un urbanisme rompant avec la ville du passé. L’«architecte démiurge» symbolisé par Le Corbusier entre en scène.

À travers l’Europe, une doctrine s’élabore dans des revues en liaison étroite avec les mouvements plastiques: en Allemagne autour de Gropius, Mies van der Rohe, L. Hilberseimer au Bauhaus, en France autour de Le Corbusier et de la revue L’Esprit nouveau , aux Pays-Bas autour du groupe De Stijl, en U.R.S.S. dans la revue A.C. (1925-1961)...

Au début des années 1920, on voit se développer une critique radicale qui donne naissance à de nouveaux modèles. Cette critique condamne d’une part, essentiellement dans l’Allemagne de Weimar et en Union soviétique, l’organisation sociale et ses conséquences sur les modes de vie dans la ville capitaliste de l’ère industrielle. Elle se penche, en particulier, sur le logement des masses. D’autre part, et plus généralement, la critique dénonce les tares physiques et visuelles de la ville contemporaine.

Les pays germaniques conçoivent des modèles de «colonies ouvrières». Hilberseimer (Hochhausstadt , 1924) et Le Corbusier (Plan pour une ville contemporaine de trois millions d’habitants , 1922; Plan Voisin , 1925), entre autres, proposent et dessinent des établissements modèles aux densités démographiques inégalées, hygiéniques et ordonnés selon une rigide géométrie orthogonale: gratte-ciel géants absorbent et permettent de classer les différentes fonctions, sols artificiels et systèmes de voies hiérarchisés consacrent le règne de l’automobile.

En Union soviétique, où l’utopisme de l’avant-garde prétend promouvoir les objectifs sociaux, politiques et industriels de la révolution, «changer la vie» par l’aménagement de l’espace, les «désurbanistes», Okhitovich, Guinzbourg, Leonidov (Plan de Magnitogorsk , 1919) proposent la «suppression de la différence entre la ville et la campagne» grâce à une version très étudiée de ville linéaire que développera et reprendra W. A. Milioutine. Les projets des désurbanistes demeurèrent sur le papier (à l’exception d’un petit secteur de Magnitogorsk), et ceux de Milioutine connurent seulement un début de réalisation: l’orientation idéologique de la planification soviétique changea, et la ville linéaire fut condamnée l’année qui suivit la publication du livre (1930) dans lequel Milioutine exposait sa théorie.

La doctrine de base de l’urbanisme progressiste fut élaborée, à l’issue de ces brassages d’idées, par les congrès internationaux d’architecture moderne (C.I.A.M.). Fondés en 1928, ils réunissaient la plupart des protagonistes qui ont animé le mouvement moderne en Europe (W. Gropius, L. Mies van der Rohe, Le Corbusier, J. L. Sert, G. Rietvelt...), aux États-Unis (R. Neutra, Wiener), au Brésil (L. Costa), au Japon (Maekawa, Sakakura).

Dès 1930, ils abordaient l’urbanisme par «le lotissement rationnel» et consacraient leur congrès de 1933 à «la ville fonctionnelle». L’analyse critique d’un ensemble de villes européennes aboutit alors à une proposition de modèle universel, organisant quatre fonctions majeures (habitation, travail, délassement, circulation) qui sont censées résumer les besoins humains. Le logement est privilégié, la «rue corridor» bannie, la nature largement introduite dans la ville.

Les conclusions du congrès sont réunies dans un document qui, selon une structure utopiste en miroir, met en regard les défauts et erreurs manifestes dans l’actuel «chaos» urbain et les avantages de la cité fonctionnelle modèle. Ce fut une œuvre collective, publiée anonymement en 1933, mais Le Corbusier en signa une version commentée (première édition, 1943), connue sous le nom de Charte d’Athènes . Celle-ci a été la bible de plusieurs générations d’architectes et d’administrateurs. Elle est à l’origine d’une abondante littérature dominée par le talent journalistique de Le Corbusier (La Ville radieuse , 1933; Manière de penser l’urbanisme , 1946).

Les architectes, rédacteurs de ces ouvrages, n’étaient pas armés pour penser la complexité de la ville moderne. Leurs modèles en présentaient une version réduite et simpliste, d’autant plus séduisante qu’elle était cautionnée par un terrorisme scientiste qui se contentait d’affirmations dogmatiques («Les preuves de laboratoire existent», «tout est expérimenté par les sciences», soutient Le Corbusier à l’appui de ses propositions).

Les réalisations de l’urbanisme progressiste n’en demeurent pas moins modestes au cours de cette période. Elles se situent essentiellement dans les pays germaniques, avec les Siedlungen , lotissements ouvriers expérimentaux lancés, en Allemagne, par les membres du Bauhaus, Gropius, Mies, May (Stuttgart, 1927; Dammerstock-Karlsruhe, 1929; Römerstadt - Francfort-sur-le-Main, 1926-1928) et en Autriche (Cité Karl-Marx, Vienne, 1931) et aux Pays-Bas, avec les quartiers d’habitations populaires de Oud à Rotterdam (1924) et surtout le Plan régulateur d’Amsterdam de Van Eesteren (publié en 1934).

Cependant, derrière la scène progressiste, d’autres formes d’urbanisme, moins provocantes, n’affirment pas moins leur présence dans les coulisses. Le modèle culturaliste tient bon en Grande-Bretagne, où il est sans doute adapté aux structures professionnelles et administratives, et où il inspire, en 1943, le plan régulateur de Londres de P. Abercrombie. Il tempère aussi certains projets scandinaves.

En France, la tendance culturaliste est représentée seulement par un historien, Marcel Poète (1860-1950). Toutefois, par ses ouvrages et son enseignement, celui-ci a profondément tempéré le fonctionnalisme de la nouvelle génération des urbanistes régularisateurs.

D’autres influences se sont néanmoins exercées sur les disciples de Hénard. Tout d’abord, celle du Musée social et de sa section d’hygiène urbaine et rurale, créée en 1908 et qui fut à l’origine de la loi Cornudet (1919). Le Musée social confronte les urbanistes aux réalités économiques, sociales et administratives. Ensuite, les destructions de la guerre sont pour eux l’occasion d’une réflexion rénovatrice qui se traduit dans l’ouvrage d’Agache, Auburtin et Redont, Comment reconstruire nos cités détruites . Enfin, Lyautey leur offre un terrain d’expérimentation au Maroc.

La doctrine de cette école régulatrice est souvent proche de celle des progressistes par le souci qu’elle accorde à l’hygiène, au «zoning», aux systèmes de transport. En revanche, elle tient compte des structures juridiques et administratives existantes, intègre la dimension du temps avec l’instrument spécifique du «plan directeur». En outre, sous la double influence de Lyautey (préservation intégrale des villes indigènes du Maroc) et du Touring-Club (campagnes en faveur du patrimoine urbain historique), elle s’attache à conserver les témoignages du passé dans l’organisation de l’espace présent. Si les réalisations de l’école régulatrice ont été rares en France, Prost, Jaussely, Forestier ont effectivement conçu et réalisé de grands plans d’urbanisme hors de France, en Espagne, en Amérique latine et au Moyen-Orient.

Parallèlement, en Italie, les mêmes thèmes sont abordés de façon à la fois plus systématique et plus technique par G. Giovannoni qui (notamment dans Vecchie città ed edilizia nuova , 1931) élabore en effet une conception de l’aménagement à deux vitesses: elle lui permet d’articuler les techniques de pointe d’une culture nouvelle des transports rapides et de la télécommunication et les anciennes traditions urbaines; le large maillage de «plans régulateurs» conçus à l’échelle de la région ou du territoire, la voirie et le parcellaire mineur du «noyau d’habitations». Sa critique de l’urbanisme de Le Corbusier et sa doctrine de la préservation des centres anciens sont intégrées dans une vision prospective qui tourne le dos aux utopies des désurbanistes et contient en germe les problématiques modernes du «post-urbain».

L’expansion planétaire de l’urbanisme progressiste

Après la Seconde Guerre mondiale, seule la Grande-Bretagne reste relativement fidèle au modèle de Howard dont les villes nouvelles, résultant du New Town Act (1946), portent toutes la marque, en dépit de certains aménagements concernant en particulier le nombre (plus élevé) d’habitants. Stevenage, Harlow (première génération, quatorze villes, 1946-1950) sont radioconcentriques, avec un centre piétonnier autour duquel sont distribuées les unités de voisinage. Cumbernauld (deuxième génération, 1955) présente la densité la plus élevée (212 hab./ha), l’aspect le plus urbain, la structure la plus élaborée (sol à plusieurs niveaux et entièrement artificiel). Les villes des troisième et quatrième générations (après 1961) se caractérisent par des systèmes de circulation nouveaux et plus complexes.

Quant à l’urbanisme progressiste, présenté comme solution scientifique à caractère universel aux problèmes posés par la croissance démographique des villes, par l’industrialisation et par l’essor économique, il s’impose aux instances décisionnelles, politiques et administratives, confrontées à des problèmes sans précédent, et il connaît une diffusion planétaire, dans les pays développés comme dans le Tiers Monde.

Il commande d’abord la rénovation des quartiers et des centres urbains anciens, c’est-à-dire leur démolition au nom de l’hygiène et de la modernisation, et leur reconstruction selon les normes nouvelles. La rénovation débute aux États-Unis, sous l’influence des anciens protagonistes du Bauhaus, Mies van der Rohe, Gropius, Hilberseimer, qui y introduisirent les idées progressistes lorqu’ils s’y réfugièrent en 1938. Ce type de rénovation gagne progressivement l’Europe où elle fait disparaître les traces de l’ancien parcellaire. Réglementée en France par le décret du 31 décembre 1958, elle a permis en région parisienne plus de cent opérations couvrant près de 600 hectares jusqu’aux années 1980 (voir à Paris les secteurs du front de Seine, des Halles-Beaubourg, de la place d’Italie). Les villes traditionnelles des pays en voie de développement n’ont pas été épargnées par cette chirurgie comme en témoignent par exemple les opérations de M. Écochard au Maroc et au Moyen-Orient.

L’urbanisme progressiste a également inspiré et inspire toujours l’aménagement des périphéries urbaines, qu’il s’agisse de quartiers nouveaux (Stockholm, Amsterdam, Francfort...), ou surtout de «grands ensembles» géométriques: tours et barres de logements, identiques sur tous les continents, assortis d’équipements et dans lesquels la rue a disparu.

Enfin, on doit à l’urbanisme progressiste divers types d’entités urbaines créées ex nihilo . Ce sont, en premier lieu, des villes manifestes, conçues à des fins de prestige national, comme Brasília (plan L. Costa, réalisation architecturale O. Niemeyer) ou encore comme Chandigarh (Le Corbusier, P. Jeanneret, J. Drew et Maxwell Fry).

Un deuxième type fut offert par des villes liées à la création de foyers industriels, nombreuses en particulier dans les pays de l’Est.

Quant aux «villes nouvelles» françaises, dont le concept fut lancé à l’occasion de la publication du Schéma directeur d’aménagement et d’urbanisme de la région parisienne (1965), elles ressortissent à plusieurs tendances. Bien qu’ayant emprunté leur dénomination aux new towns anglaises, dont elles ont conservé l’idée d’un noyau central et la volonté d’intégrer des activités diversifiées, elles n’en diffèrent pas moins, ne serait-ce que par l’importance de leur projet démographique. En fait, aussi bien leur localisation, dans le cadre de la planification nationale, que leur morphologie ont été marquées par l’urbanisme progressiste, même si, depuis 1980, un retour vers certains partis urbains traditionnels semble s’amorcer et être soutenu par une architecture «post-moderne».

4. Critique de l’urbanisme progressiste. L’urbanisme en question

Après une phase d’euphorie, le triomphe de l’urbanisme progressiste suscite une critique qui porte d’abord sur ses réalisations, puis sur sa démarche, pour finalement mettre en question le statut de la discipline même.

À quelques exceptions près, dont celle de Gaston Bardet, en France, la critique des réalisations naît aux États-Unis, pays le premier touché par cet urbanisme. Elle porte essentiellement sur les effets sociaux provoqués par la stéréotypie, le gigantisme, la pauvreté formelle et sémantique des nouveaux ensembles. Lewis Mumford (1961), Jane Jacobs (1961) puis C. Abrams (1964) s’accordent pour dénoncer le caractère totalitaire, l’indifférence à l’égard des problèmes sociaux et le mépris de l’individu qui marquent les réalisations de l’urbanisme progressiste. Ils stigmatisent l’obsession de l’hygiène physique aux dépens de l’hygiène morale, font l’apologie de la rue, dans une perspective parfois nostalgique. De son côté, K. Lynch oppose les nouveaux espaces aux quartiers urbains traditionnels dont il entreprend une analyse morphologique pionnière. Tous ces thèmes sont repris en Europe, avec un léger décalage, à la fin des années 1960. Le psychiatre A. Mitscherlich leur donne une ampleur particulière dans Vers une société sans père (1969).

Toutefois, la critique de l’urbanisme progressiste prend une autre dimension lorsque, au lieu d’attaquer ses effets, elle s’en prend à leur cause, le simplisme de la démarche progressiste. Le groupe d’avant-garde anglais Archigram, fondé en 1961, fait aux C.I.A.M. un procès en archaïsme, milite pour l’intégration de nouveaux savoirs et des techniques de pointe, contre toute rigidité modélisante, en faveur de l’expérimentation permanente de structures mobiles et précaires. Parallèlement, Christopher Alexander préconise une analyse factorielle complexe, tandis que la théorie de l’information et l’analyse systémique sont mises à contribution pour la conception urbaine.

Dans le droit fil de ces idées, la recherche urbaine se développe aux États-Unis et en Europe, investissant les champs de la sociologie, de l’anthropologie culturelle, de la linguistique, mais aussi ceux de l’écologie, de la géographie urbaine. Pourtant, ces critiques et ces recherches laissent intact le postulat qui fait de l’urbanisme une science autonome.

En revanche, à partir de 1965, un questionnement épistémologique radical de la discipline va aboutir, par étapes, à la contestation de ce statut. Les soubassements idéologiques et utopiques de l’urbanisme sont mis en évidence, avec les choix de valeurs que suppose tout aménagement (F. Choay, 1965): l’urbanisme ne peut pas être une science. La dimension politique inéluctable des options urbanistiques est analysée et ses conséquences développées par H. Lefebvre (1968), M. Castells et la recherche marxiste. De façon plus générale, le mouvement de l’advocacy planning aux États-Unis (R. Goodman, 1971) et des travaux sur la participation comme ceux de C. Alexander (1975) rappellent la nature dialogique de l’aménagement de l’espace, son insertion dans la temporalité et dans un permanent processus de sémantisation.

Dès lors, l’urbanisme cesse d’apparaître comme une discipline autonome. Perdant son statut scientifique propre, sa relation avec la science s’affirme à travers des disciplines servantes, toujours plus nombreuses. En outre, de par ses choix mêmes, il s’avère solidaire de l’ensemble des autres planifications (sociale, économique, culturelle...). Les temps de l’architecte démiurge sont terminés.

5. Urbanisme et aménagement à l’ère des médias

Les sociétés modernes sont entrées dans l’ère post-urbaine annoncée dès 1968 par Melvin Webber, sous le nom de post-city age .

Les mutations intervenues dans les domaines des transports, de la communication et des télécommunications ont rendu inutile la concentration urbaine et favorisent une distribution homogène des activités et des populations, qui commence sous nos yeux.

L’urbanisme progressiste a contribué à cet éclatement des anciens établissements urbains au profit d’une urbanisation uniforme et généralisée, qui récuse également les anciens établissements ruraux, les anciennes villes et les anciennes formes d’urbanité.

Cependant, l’«urbain» promu substantif continue de hanter les instances décisionnelles, les praticiens, le public: «produire la ville» est devenu un leitmotiv. Ce retour paradoxal sur les positions d’un urbanisme culturaliste, pourtant démystifié, qui s’inscrit en faux contre la marche de l’histoire, est favorisé, du côté des architectes, par le mouvement post-moderne et son hostilité à l’architecture et à l’urbanisme du mouvement moderne. Par ailleurs, la vogue du patrimoine historique, qui a fini par englober le tissu urbain ancien (loi Malraux sur les secteurs sauvegardés, 1962; charte d’Amsterdam, 1975) revalorise l’image traditionnelle de la ville et pose aussi, de façon cruciale, la question du traitement des ensembles anciens dans le processus d’urbanisation.

Les exigences de la lucidité conduisent à se demander si le terme même d’urbanisme, si connoté par l’urbs et par la cité, ne doit pas être désormais confiné dans le champ du droit où il désigne une réglementation liée aux nouvelles modalités de l’urbanisation.

«Urbanisme» tend d’ailleurs à être remplacé par le terme «aménagement», qui subsume une multiplicité d’échelles d’intervention, relevant de problématiques différentes. Au sommet, un aménagement des territoires, directement en prise sur les grands choix économiques, sociaux, écologiques des États et des communautés d’États, solidarise, par la médiation des techniques de pointe du génie urbain, des réseaux d’infrastructures de plus en plus vastes, performants, sophistiqués et fragilisés par cette complexité même. À la base, et sans pour autant, jusqu’ici, menacer les opérations géantes et les mégastructures (gratte-ciel de Norman Foster à Hong Kong, Mosquée de Rabat), un aménagement à l’échelle des parcelles et des îlots traditionnels correspond à la pratique que les Anglo-Saxons appellent urban design . Les études de morphologie et les recherches sur les parcellaires urbain et rural, lancées avant la Seconde Guerre mondiale par la géographie lablachienne et par Marc Bloch, ont été reprises par des architectes, d’abord en Italie (G. Samona, C. Aymonino, A. Rossi) et dès le début de la crise du mouvement moderne. Cette démarche pourrait présager une réconciliation de l’aménagement avec l’échelle humaine et permettre aux architectes de retrouver un rôle créateur, à la mesure de leurs ambitions légitimes.

Au regard des récentes mutations sociétales, induites par l’innovation technique, les théories de l’urbanisme, de Cerdá aux C.I.A.M., apparaissent aujourd’hui singulièrement naïves. Il n’en demeure pas moins souhaitable que la multiplication des savoirs et des pratiques impliqués dans la production de notre environnement laisse subsister une réflexion de synthèse, commune à la diversité des intervenants.

Encyclopédie Universelle. 2012.

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